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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 10:17

interdire_les_licenciements_boursiers.jpgConcept anti libéral, la campagne lui a permis de faire son retour. Plutôt que d’observer la réalité en face, notre ministre de l’économie, mais avant lui les différents candidats, a jeté à la face du quidam « les licenciements boursiers ».

En stigmatisant les financiers, il empêchait toute confrontation à la réalité économique. Ces S… de financiers, pour toujours plus de profits, s’enrichissent sur notre dos (au moins sur celui des licenciés). Le malheur des uns (salariés) faisant le bonheur des autres (actionnaires).

Un licenciement boursier est un licenciement collectif. Il a pour effet un impact immédiat sur le cours de bourse. C’est l’une des nombreuses définitions que l’on peut trouver à ce concept. A mon sens, il est surtout en opposition au licenciement économique.

Au regard du droit, le licenciement économique est justifié dès lors que l’entreprise se retrouve en situation de liquidation. En opposition, le licenciement boursier intervient alors que l’entreprise est toujours rentable ou lui permet d’augmenter sa rentabilité.

Plus précisément, il a fait son apparition en 1999 après que Michelin ait vu son cours de bourse grimper suite à l’annonce simultanée, d’une hausse de son bénéfice semestriel (+20%) et de la suppression de 7 500 emplois.

La corrélation entre la hausse du cours de l’action et la suppression des emplois n’a jamais été prouvée. Toujours est-il que ce licenciement a été qualifié de boursier et le mal était fait.

Par opposition, un licenciement qualifié d’économique a souvent un impact négatif sur le cours de bourse. Il laisse présager d’une moins bonne santé de l’entreprise.

Dans le monde qui est le nôtre, les actionnaires (ou du moins les bailleurs de fond des entreprises) attendent un retour sur investissement au moins égal au risque pris en finançant l’entreprise. Cette logique, pousse les entreprises (quottée ou non), à assurer un niveau minimum de rentabilité. On parle alors de « rentabilité exigée ».

A la « rentabilité exigée » se heurte l’environnement concurrentiel. L’entreprise, quottée ou non, est soumise à plusieurs contraintes, à commencer par la pression des consommateurs. Pour exister,
celle-ci doit être en mesure de lui proposer un produit ayant toujours un temps d’avance sur son concurrent. Cette avance se caractérisant, soit par l’innovation, soit par le prix, soit par la qualité de ses produits. Le consommateur est encore plus implacable que le financier. Un prix trop élevé, un retard technologique, une image de marque dégradée, il fera sans frémir son deuil de produits au profit d’autres.

Combien sommes-nous à avoir eu des Nokia pour jouer au serpent faisant les heures de Gloire de cette compagnie. Mais combien sommes-nous également à avoir abandonné l’entreprise (et ses salariés) au profit de la Pomme. Ce jour-là, quand vous avez jeté votre vieux Nokia au profit d’un Iphone, avez-vous pensé aux salariés licenciés, à l’écosystème Nokia mis à mal…

Les exemples sont légions. Prenons plus récemment le cas de Free. Qui se préoccupe des restructurations en cours chez SFR alors même que Vivendi, son propriétaire, fait des profits ?

Cette logique implacable amène l’entreprise à faire des choix de gestion qui peuvent s’avérer être en défaveur du salarié alors même que celle-ci est bénéficiaire. En effet, une entreprise pourra chercher une plus grande compétitivité pour vendre ses produits à des prix identiques à ses concurrents. Pour cela, elle sera amenée à investir dans des machines plus performantes nécessitant une moins grande moins d’œuvre. Je n’ai pas parlé ici de délocalisation, rien que l’avancée technologique de son outil de production aura un effet néfaste sur sa population salarié.

Il en résultera un licenciement dit boursier. A court terme, une moindre masse salariale aura une conséquence positive sur la rentabilité de l’entreprise et sur son cours de bourse. On serait tenté d’y voir un lien de cause à effet.

Cependant, ce qui fera la pérennité du cours de bourse, ce n’est pas la moindre masse salariale mais la capacité de l’entreprise à continuer d’exister dans son marché. Sa capacité à innover, à conquérir des parts de marché…

Prenons l’exemple d’un marché qui s’éteint (les cassettes audio, l’argentique, les tubes cathodiques…). Tous ces fabricants, bien que rentables sur leurs autres activités, ont dû licencier massivement. Comment qualifier ses licenciements collectifs ? Fallait-il que l’entreprise conserve une masse de population à ne rien faire ? Fallait-il que les consommateurs refusent le progrès technique ?

Autre exemple, beaucoup d’entre nous ont des plans d’épargne entreprise. Ce plan est souvent une partie de nos revenus. Par ce biais, nous devenons actionnaires de nos entreprises. Que se
passe-t-il quand le cours de l’action baisse ? Notre épargne souffre, acceptons nous cela ?

J’ai précisé au début qu’une entreprise non quottée pouvait être également confronté au licenciement alors même qu’elle génère des profits. Prenons le cas de Leclerc qui face à un changement dans notre mode d’approvisionnement doit fermer des Hypers. Leclerc n’est pas à plaindre, elle n’est pas non plus sous le joug du spéculateur. Mais Leclerc ferme pour répondre à des souhaits de consommateurs opportunistes.

Au vu des différents exemples, l’on voit bien que la stigmatisation du financier et la qualification des licenciements en licenciement boursiers est une gageure, un thème de campagne populiste. Il faudrait être parfaitement naïf pour croire un seul instant que l’Etat est en mesure de les interdire. D’ailleurs existent-ils ces licenciements dits boursiers ?

Bien sûr qu’une certaine moralisation des financiers est nécessaire mais l’on ne peut pas limiter la vie d’une entreprise à ses seuls actionnaires. L’affaire Michelin de 1999 avait été in-fine plus profitable aux salariés qu’aux actionnaires. Le cours de l’action sur 5 ans n’a progressé que de 8% quand le salaire a lui progressé de 12%.

Il y a d’autres pistes que nous pourrions envisager. Peut-être notre mode de consommation devrait lui aussi être revu ? Peut-être devrions-nous favoriser des consommations plus éthiques ? Sinon, il y a fort à parier pour une longue vie des licenciements tout court.

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